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Samedi 10 mai 2008
    Lever matinal pour une journee de "touristes" via une agence locale. Au programme :            (sous une pluie battante), decouverte de la sauvage campagne sud-irlandaise, entre ajoncs en fleurs ("gorse"), moutons et agneaux, visite
par Guénolé
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Lundi 31 décembre 2007
    Bon, je triche un peu, je poste en fait ces quelques lignes après mon retour sur Bordeaux... Le temps d'un petit bilan de ces cinq jours à l'Est.

    Que retenir ? Tout d'abord, le froid (-5°C parfois), sec, tranchant, un froid qui fait réfléchir à deux fois avant d'enlever les gants pour prendre des photos. Par contre, pas de neige... Ensuite, des Tchèques sympathiques et extrêmement courtois, mais malheureusement noyés dans la masse des touristes (Anglais, Allemands, ...) qui envahissent pour les vacances de Noël les rues et ruelles (et les boîtes de nuit !) de la "ville aux cent clochers". Puis la beauté d'une cité riche (le niveau de vie local n'est pas si éloigné du nôtre) et chargée d'Histoire.

    Quoi d'autre ? Une bonne bière, la Pilsner Urquell, et une cuisine traditionnelle tout à fait honnête (que ce soit dans les restaurants ou au marché de Noël de la place Venceslas), même pour un Français :) Et enfin des temps forts : un match de hockey à la T-Mobile Arena (où le Sparta Praha a difficilement battu 2-1 le dernier du championnat), avec pom-pom girls et autres hot-dogs ; la compétition de ski de fond le dimanche 30 Décembre (Coupe du Monde, sprint long) sur la place du château de Prague, où des tonnes de neige fraîche avaient été déposées ; les cocktails pas chers de "U nebe" et les jongles des serveuses du "Coyote bar" ; et les délires sur les tubes 80's au "Karlovy Lázně" et au "Lucerna Music Bar".

    Côté échec, on retiendra seulement le rendez-vous manqué avec les pistes de Liberec (à 100km au Nord de Prague) : trop de Praguois avaient eu la même idée que nous et nous n'avons pas pu prendre le bus qui se rendait vers les montagnes :(

    Bref, le séjour fut un joyeux temps de décompression, en bonne compagnie (si, si, c'est une bonne compagnie Romain !) et au coeur d'une atmosphère festive. Pas de doute, j'aime toujours autant battre le pavé en Europe de l'Est...

par Guénolé
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Mercredi 26 décembre 2007
    Derniers préparatifs avant une petite escapade praguoise... C'est que cela faisait quelques temps que je n'avais pas quitté notre bonne vieille France ! Pendant que Laure est en train de prendre le soleil en famille en Guyane, c'est donc avec Romain que je décolle cette fois-ci pour ces vacances de Noël : cela faisait un bail que nous n'avions pas eu une telle occasion. Voilà  qui promet quelques journées sympathiques :)
par Guénolé
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Mercredi 18 juillet 2007

    Oui, vous avez bien lu : encore Bihać... Pire que ça, je suis actuellement bloqué ici ! J’en conviens, cela n’a rien de tragique ; mais cette mésaventure restera certainement comme un des plus grands moments de désarroi de ce voyage. J'ai un problème avec ma carte bancaire et je ne peux pas retirer de sous alors que mon compte en est "rempli" (Ndlr : il me reste en poche l'équivalent de 5 euros ; j'ai l'habitude, et je saurai désormais que c'est un tort, de retirer au fur et à mesure de mes besoins, sans prévoir un "fonds de sécurité"... Cela me servira de leçon !), donc je ne peux pas payer la pension, donc je ne peux pas récupérer mon passeport. Bref, le cercle vicieux. Les multiples contacts téléphoniques avec ma banque vont dans un sens positif, mais les responsables ne savent pas encore quand tout sera arrangé (espérons vite !). Heureusement, dans mon « malheur », j'ai la chance de ne pas être perdu ici et de pouvoir compter sur des amis.

    Passé le récit de ces petits tracas, je vais vous compter les dernières nouvelles. Tenez, pour changer, nous allons ensemble remonter le temps. Aujourd'hui mercredi 18, j'avais décidé de commencer la journée par le règlement de menus soucis : retrait d’argent, achat du billet pour Zagreb, ... Etant donné que le premier cité m'a pris la journée (coups de téléphone, visite à toutes les banques de la ville, etc) tout en restant un échec...ben je n'ai pas fait grand chose de neuf (adieu la balade en rafting que j'avais envisagée sur la Una !). Pour passer le temps, j'ai donc retrouvé des connaissances : l'occasion de pénétrer dans un bâtiment type "Tito" (pas pire, ceci dit, que certaines « barres » d’Aubervilliers ou de La Courneuve...). Nous sommes ensuite allés ensemble nous baigner (rafraîchir, devrais-je dire, vu qu'il fait quarante et que la rivière doit être à moins de 15 degrés) dans la Una. Et me voila désormais dans le cyber du centre-ville pour une bonne partie de l'après-midi, afin d'essayer de mettre à jour ce blog :)

    Hier, mardi 17, journée particulièrement rude. Lever 7h45, je quitte à regret mes nouveaux amis européens encore endormis (vous ne les connaissez pas encore, forcément puisque je remonte le temps !). Traversée de Sarajevo en tram, puis commence le temps du bus : 2h15 jusqu'à Travnik, la première étape de ma journée. C'est une charmante petite ville de Bosnie centrale, avec un caractère médiéval encore bien présent : un bon endroit pour poursuivre ma chronique... (héhé, les connaisseurs m'auront compris ; c'est à Travnik qu'est né Ivo Andrić, prix Nobel en 1961, auteur entre autres des "Chroniques de Travnik"). Je déambule donc pendant deux heures au milieu des ruelles pentues, entre forteresse et mosquées : sympa, mais je frôle l'insolation. Après avoir avalé un excellent burek et une glace pour 1,25 euros, c'est le moment de reprendre le bus, non climatisé et sous une température caniculaire (les contraintes horaires me forcent à renoncer à un passage par Banja Luka, pas tout à fait dans la même direction que Bihać où je me rends : c’est plus facile pour ensuite se rendre à Zagreb) : 4h45 de route, avec une arrivée tardive à 20h15. Paysages toujours magnifiques et discussion avec mes voisines de siège occupent le trajet (une était de Bihać, l'autre, seulement originaire de la ville, vivait désormais en Australie et revenait pour les vacances). C'est quelque peu fatigué (et collant de sueur !) que j'ai eu toutes les peines du monde à trouver de quoi m'héberger (je ne voulais pas abuser en demandant une nouvelle fois à Amir), les infrastructures touristiques ne courant pas vraiment les rues ici. J'ai échoué à la pension "Villa Una", charmante mais quelque peu chère... La soirée fut bonne ceci dit, à profiter de la "fraîche" (trente degrés ?) entre amis.

    Lundi 16 : journée remplie de surprises. Après un lever à 7h30 (again !), je file à la gare routière de Mostar en compagnie de mes compagnons de pension : un jeune Suédois (Klas-Hendrik) et un Finlandais plus âgé. La route longeant la Neretva est décidément magnifique à en pleurer. A 40 km de Sarajevo, un pneu du bus (bondé) explose dans une descente. Chargé comme je suis, je ne trouve évidemment pas de place dans le premier véhicule de remplacement qui arrive. Mais cette heure et demie d'attente dans l'herbe le long de la route a finalement du bon : c'est l'occasion d'une joyeuse discussion avec mon Suédois, trois Hollandaises de Frise (je passerai avec ces quatre-là toute la journée) et aussi quelques Belges de Flandre. Arrivée à Sarajevo à 13h30, un peu tard, mes plans sont donc changés : après un déjeuner (pljeskavica, sorte de hamburger originaire de Serbie, pour changer des ćevapčići), je me charge de faire le guide pour les quatre cités précédemment. Installation dans une chambre à cinq sur la rive gauche de la Miljacka (dans une annexe de l'hostel Ljubičica) ; visite de Sarajevo (je prends mon rôle très à cœur) ; café ; crépuscule depuis les hauts de Vratnik (ce lieu est décidément génial, féerique lorsque les muezzins se mettent un à un à appeler pour la prière) ; burek ; puis tournée des bars de la ville (je vais devenir imbattable sur les bons plans du coin : Laure, j'ai trouvé une disco étudiante pour la salsa !), au cours de laquelle on en profite pour faire connaissance avec un américain et quelques bosniaques. Bon feeling, ambiance très "auberge espagnole". Dodo 3h.

    Dimanche 16, fin d'après-midi : au sortir du cyber, nouvelle promenade sous la canicule de Mostar, entre boules de glace et militaires marocains (lol, c'est bizarre dit comme ça : ces derniers, en mission quelconque pour l'UE ou l’ONU, sont pourtant partout). Retour à la pension vers 17h30 pour une petite sieste. Puis balade à la fraîche, dîner de burek (sorte de feuilleté à la viande), découverte de l'Ali Baba (un magnifique pub dans une immense grotte...concept super !) et pour finir visionnage de la première mi-temps de la finale de la Copa America devant un coca.

par Guénolé
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Dimanche 15 juillet 2007
     Allez, je me remets à ma plume (virtuelle) pour vous donner des nouvelles. C'est qu'il y en a eu du nouveau depuis jeudi...

    J
e vous avais abandonnés en début de soirée...et il ne s'est rien passé. Après avoir dégusté un « ćevapčići » (je commence à prendre le rythme), j'ai déambulé dans Ferhadija, la principale, et animée, rue piétonne de Sarajevo. J'ai bien dû faire trois fois l'aller-retour... Sans ami (lol), j'ai fini la journée dans la salle commune de la pension où je logeais (à deux pas de la fontaine Sebilj, le cœur de la ville). J'y 'ai eu l'occasion, tout en mangeant des poivrons farcis gracieusement offerts par les réceptionnistes, de discuter avec une étudiante lyonnaise qui joignait Istanbul en stop et bus avec sa copine. It sounds good !

    Vendredi 13 : si pour certains, cette journée fut semble-t-il tourmentée sous d’autres cieux (hein, Thierry ?), elle fut pour moi riche en enseignements dans ma quête d'omniscience (là, j'exagère) à propos de Sarajevo. Sans rentrer dans les détails : lever 6h30 (plus tôt que lorsque je travaille !) ; à 7h, photos depuis les blanches tombes du cimetière musulman Alifakovac, s'élançant sur la rive gauche de la Miljacka à l'assaut du mont Trebević, celui là même « qui dérobe le soleil à Sarajevo », selon les termes de Selimović dans « Tvrdjava » (point culminant : 1627 mètres) ; tentatives infructueuses de faire la même chose depuis la rive droite ; puis retour dans Grbavica, pour cette fois-ci trouver l'agence d'écotourisme Greenvisions (ce n'est pas possible de se rendre le lendemain au PN Sutjeska...mais ce qui m’est proposé est tout aussi intéressant, vous le verrez plus loin) ; 10h environ, pour la première fois je prends le légendaire tram de Sarajevo (si vous avez la chance de le voir un jour, vous comprendrez ces quelques mots), pour stopper au terminus d'Ilidža, 8 km plus loin. Puis je tourne le dos au centre-ville de cette cité de banlieue pour me rendre à pied au « Tunel Museum » à Butmir : las, c'était sans compter que l’endroit recherché se trouvait à l’exact opposé de mon lieu d’arrivée… Bref, 1h30 plus tard, après une marche harassante et incertaine (rien n’indique en effet l’emplacement du musée) sous un soleil de plomb (40°C), j’ai eu l'occasion de visiter la petite partie encore consolidée de ce tunnel de 800 mètres passant sous l'aéroport, et qui a sauvé des milliers de vie durant le terrible siège de Sarajevo (1992-1995), en permettant aux habitants de se ravitailler, à l'insu des Serbes qui encerclaient et pilonnaient la ville. Terrible...

    Là, conformément aux événements du début de mon voyage, la chance des débutants m'a encore souri : alors que je craignais de me "taper" 1h30 à pied jusqu'au tram pour le retour, je m'incruste dans un groupe (moyennant modeste paiement) qui "subissait" une visite guidée des alentours de Sarajevo (ben oui, il restait une place dans le van...). L'occasion pour moi d'aller sur le mont Trebević (dont la majeure partie est toujours minée), histoire d'admirer la ville depuis un magnifique point de vue, et de jeter un œil sur les installations en ruine de la piste de bobsleigh des JO de 1984. Edifiant !


    Retour vers 14h, et déjeuner en ville dans un restau servant des plats bosniaques de qualité, en compagnie de deux Anglais partageant le même dortoir que moi. Puis repos, et règlement de menus problèmes (billet de train, passage au centre culturel français, ...). Puis vient 17h, l'heure de retrouver Azra (une connaissance) et sa copine Senada, aux pieds de la cathédrale de Sarajevo. Quatre heures en bonne compagnie, passées à siroter du coca en bavardant, et à prendre des photos depuis le point de vue au-dessus du vieux quartier de Vratnik (sur la rive droite) que j'avais vainement cherché le matin, merci les filles ! Les dizaines de minarets lançant leurs flèches claires vers le ciel orange du soleil couchant donnent à la ville un cachet féérique ; c'est vraiment magnifique... La suite est un peu moins trépidante : "abandonné" sur le coup de 9h30, je passe à nouveau une soirée un peu longue, oscillant entre déambulations et cybercafé. Bah, cela est propice à la méditation !


    Samedi 14 : à 9h, le minibus de Greenvisions vient me récupérer à l'auberge, en compagnie de quelques autres personnes de toutes nationalités. Direction, le massif de Bjelašnica, un autre lieu où se sont déroulés (avec les monts Trebević et Igman) les JO en 1984. Le voyage dure un peu plus de 2h, au milieu de montagnes magnifiques, même si elles ne sont pas toutes déminées. Des hôtels tous neufs ont désormais été reconstruits aux pieds des pistes de ski. Puis vient le moment de s'engager sur une piste, à plus de 1500m d'altitude, et ce durant plus de 10 kilomètres, histoire d'atteindre le magnifique et captivant village de Lukomir, le plus haut de BiH ; ici, les conditions de vie sont rudes et les gens vivent quasiment comme il y a un siècle... Le confort est rudimentaire, le mode de vie traditionnel. Et la nature est infiniment belle (merci à Lejla et Lejla de nous avoir fait partager leur passion du coin). Le soir, après cette belle journée, je me charge de faire le guide (« sightseeings », čevapdžinica « Željo 1 » où je commence à être pote avec le serveur, et bars...) pour trois jeunes français bien sympahiques rencontrés à l'auberge de jeunesse (les gars, c'était pour moi un plaisir de vous voir apprécier ainsi Sarajevo).


   
Dimanche 15 : lever 5h40… Puis départ pour la gare en compagnie des trois Français. Eux vont à Budapest, quant à moi je fonce à Mostar. Je fonce…façon de parler ! Le train est un tortillard, lent à souhait, et complètement bondé. Obligé de voyager debout dans les couloirs d’accès aux compartiments, en compagnie d’un groupe bruyant de jeunes étudiants US. Mais le paysage en vaut la chandelle : la ligne Sarajevo-Mostar doit être une des plus pittoresques d’Europe ; panoramas à couper le souffle, traversées de tunnels, ponts vertigineux s’enchaînent sans cesse pour un vrai jeu de cache-cache avec les montagnes et la Neretva. A mon arrivée, je cède aux propositions d’hébergement d’un jeune local, Dino, qui prend mon gros sac à dos à cheval sur son vélo, pour me soulager un peu. Au vu de la magnifique « prenoćište» (pension) où j’échoue, je me félicite de ce choix (10 euros la nuit).


    Après une heure trente de repos (cartes postales, journal de bord, communication au téléphone avec Laure), et malgré une chaleur accablante (plus de 40°C, je rougis à vue d’œil, c’est rare), je me décide à sortir pour (re)découvrir la ville. Mostar sans conteste est toujours aussi belle, avec ses pierres blanches, son bazar, ses minarets et les eaux limpides de sa rivière qui creuse son lit au pied du Massif du Velež. Certes je n’y retrouve pas la magie de l’année passée, mais je pense que tout séjour ici sera toujours un plaisir, quelles que soient les blessures, toujours visibles, de l’Histoire. En début d’après-midi, un événement vient tournebouler ma journée : alors que je rêvais accoudé au vieux pont, au-milieu des nombreux touristes, un cri vient me tirer de ma contemplation… Horreur ! Un corps, un noyé, est en train de lentement dériver au fil du courant : l’intervention d’un plongeur (tradition locale : de jeunes hommes sautent régulièrement du pont dans la fraîche Neretva, vingt mètres plus bas, sous les vivas des badauds) ne ramènera pas à la vie le malheureux. Brrr… je mets quelques temps à me remettre de cette vision terrible. Alors que je remonte vers la pension, un vieil homme m’accoste et me propose un verre : terrassé de chaleur, j’accepte, mais j’ai bien du mal à m’en dépatouiller, entre ses propos délirants (imaginez, d’autant plus que je réponds avec mes dix mots de bosniaque) et sa forte insistance pour que je change de pension pour la sienne (lol). Je fuis donc et me réfugie dans un cybercafé. A suivre…




    Ndlr - Mostar : c’est la première ville de la région d'Herzégovine et la deuxième du pays (le nom « mostar » signifie le « passeur du pont », à qui il fallait payer un droit de passage). Dès 1475, un premier quartier musulman (dit "mahala"), avec mosquées et bains, s'établit au bord de la rivière Neretva. Le fameux pont (« Stari Most »), symbole de la cité, et qui favorisa le développement du transport et l'essor du commerce, fut construit en 1566 (à la fin du règne de Soliman le Magnifique, dixième sultan de la dynastie ottomane, et sous le gouvernement local de Karadjoz-beg) par Mimar Hayruddin. Héritage de la tradition byzantine, ce magnifique ouvrage est en forme d'arche en dos d'âne ; il s’élève à 20 m par rapport au niveau de la rivière. Deux tours fortifiées l'entourent, la "Halabija" sur la rive droite et la "Tara" sur la rive gauche. Son architecture en fit un joyau de l'Europe. Las, le 9 novembre 1993, les forces croates commencèrent à bombarder le pont jusqu'à son effondrement, et ce malgré la présence de civils venus défendre ce qu'ils considéraient comme le symbole de l'héritage ottoman, et donc de l'Islam, ainsi que le lien entre les communautés. La guerre se finit en décembre 1995. Les ruines restèrent et un pont de substitution fut construit temporairement. Le 13 juillet 1998, l'Unesco, la banque Mondiale et les autorités municipales lancèrent un appel conjoint pour la reconstruction du pont auquel ont répondu cinq pays donateurs (Croatie, France, Italie, Pays-Bas et Turquie), ainsi que la Banque de développement du Conseil de l'Europe. Il fallut deux ans de recherches scientifiques et archéologiques avant que les travaux de reconstruction ne débutent (le 7 juin 2001). En juin 2002, on avait enfin retiré tous les débris au fond de la Neretva et le 14 avril 2003, la première pierre de l'arche était posée. Le pont, terminé en avril 2004 pour un coût total de 12 millions d’euros, a été reconstruit avec des matériaux que l'on trouve dans les carrières avoisinantes, et selon les méthodes traditionnelles. Une fastueuse inauguration eut lieu quelques mois après, le vendredi 23 juillet. Le nouveau pont n'est cependant pas tout à fait le "Stari Most" ; les habitants le surnomment "Novi Stari Most", le "Nouveau Vieux Pont"... Au-delà d'une valeur patrimoniale et historique indéniable, sa reconstruction représentait l'espoir d'une réconciliation des deux communautés. Cependant, la ville reste divisée tant au niveau institutionnel qu'humain (à l'Ouest, les Croates, à l'Est, les Bosniaques), et il reste encore de nombreuses entraves au rétablissement complet de la vie d'avant-guerre.
par Guénolé
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Jeudi 12 juillet 2007

    Je vous avais abandonnés à Bihać, c'est donc de là que je vais reprendre... Amir, étudiant en fac d'Anglais, s'est révélé un excellent camarade et de surcroît un guide intéressant. Après avoir mangé du goulasch (c'est hongrois) mélangé avec des pâtes sur le coup de seize heures, et après que je fus bien installé (c'est le cas de le dire, je vous l'assure : Amir a même partagé son lit pour m'éviter de dormir par terre), nous sommes partis en "ville". Une fois franchi le pont Izetbegović, nous avons remonté la rive droite de la belle Una pour retrouver sous de grands arbres quelques un de ses amis, histoire de goûter la bière locale...et le Muscat que je leur ai ramené. La soirée s'est ensuite poursuivie sur une gigantesque île en aval, en plein milieu de la rivière, un lieu sympa (si ce n'est les vestiges du siège que subit Bihać) où les jeunes locaux ont l'autorisation de boire et de faire la fête sans être ennuyés. Mais je dois avouer que c'est aussi le point de rencontre symbolique de la génération "perdue" (pour preuve les "junkies" rencontrés) des jeunes bosniaques : sans emploi, avec peu de loisirs, sans possibilité de quitter le pays (visas Schengen systématiquement refusés), et héritant au final de diplômes dévalorisés.

   
Le lendemain, déception : la chaleur de la nuit a laissé place à une pluie qui semble vouloir s'installer. L'occasion de flemmarder un peu. Et aussi de regarder avec Amir le film "Jesus Camp", qui semble l'avoir marqué et qui il est vrai est assez édifiant. Puis nous avons pris notre courage à deux mains pour affronter le crachin ; la visite de Bihać n'a pas duré bien longtemps : les jeunes du coin, la Una (où le rafting et la baignade sont possibles...par beau temps), offrent bien plus d'attraits que les monuments locaux (NB : Bihać est aujourd'hui une ville à majorité musulmane, du moins au sens communautaire du terme la population étant bien sûr d’origine slave ; je dis "du moins" car la plupart des gens rencontrés ici ne sont pas vraiment pratiquants, et semblent en tout cas assez tolérants dans le domaine du religieux). Nous avons ensuite occupé le temps comme nous le pouvions : soupe au restau, balade le long des berges, cybercafé. Le soir, nous sommes ressortis dans un bar prisé du coin ("Pivnica"), où nous avions rdvs avec des autochtones (lol) que j'avais rencontrées le lundi : bien que délicate au vu de leur Anglais encore plus hésitant que le mien, la conversation ne fut pas désagréable. Nous avons fini la soirée, après minuit, par une promenade entre les barres des petits immeubles style "communiste" de la ville : assez surréaliste...

    Bilan : j'ai rencontré des jeunes qui périssent d'ennui (du moins durant le long hiver, l'été étant plus animé), certes, mais des jeunes ouverts d'esprit, cultivés pour, et infiniment sympathiques. Merci donc à Amir, Aida, Aida (une autre !), Hari (et sa chérie croate dont j'ai oublié le nom), Naida, Samir, et les autres !

    Le retour vers la RS s'est déroulé sans histoire (de 14h30 à 17h) : toujours la pluie, les maisons détruites le long du plateau, toujours ce camp de réfugié de l'UNHCR près de Bosanski Petrovac encore habité par quelques Roms, ... Tristounet en vérité ; mais au milieu d'une nature étonnamment belle et surprenante. Mali, qui m’accordait à nouveau l’hospitalité, m'attendait avec sa jeep à Jezero. Quelques cafés plus tard en compagnie de locaux - pas très jeunes - à Mrkonjić Grad (ville non loin de là, connue comme étant le lieu du premier conseil antifasciste de libération de la Yougoslavie, le 25 novembre 1943 ; pour plus d’informations sur la cité, voir la note en bas d’article), j'ai mangé mon premier « ćevapčići » de l'année (enfin !), la spécialité locale. Et nous avons fini sur une bière dans un petit bar déjà exploré le dimanche précédent.

    Ce jeudi, lever 7 heures, histoire de relier à temps Jezero depuis Šipovo, afin de prendre le bus de 8h45. Je me retrouve enfin seul, cette petite pause est presque agréable. Vingt minutes après, me voilà arrivé à Jajce, jolie petite ville fortifiée (certes bien abîmée par la dernière guerre) qui prétend à une inscription future sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco...et qui vaut le coup d'œil, en particulier pour ses larges et impressionnantes chutes d'eau (
30 mètres), juste en sortie de la bourgade. Puis c'est à nouveau l'heure de monter dans le bus et de se coller aux vitres : 4h30, à travers des montagnettes sauvages, entrecoupées de haltes dans de petites villes aux noms invitant au voyage (Donji Vakuf, Travnik, ...).

    15h, Sarajevo, me revoilà !!! Le trajet depuis la gare routière, assez éloignée du centre touristique, jusqu'à mon auberge de "backpackers", m'amène à voir la ville sous un jour nouveau. Une fois installé (un conseil pour l'hébergement : l'agence Ljubičica, c'est pas mal...), je m'enfonce dans Baščaršija, le cœur oriental de Sarajevo. Les touristes sont relativement nombreux, et je choisis de fuir, pour m'éloigner vers de lointains quartiers où je n'avais jamais mis les pieds (tels Grbavica, sur la rive gauche de la Miljacka, un affluent de la Bosna). Certes, ces lieux sont moins attrayants du point de vue touristique, mais ils témoignent des souffrances de la ville, et sont les dépositaires d'une partie de son âme. Sur le chemin du retour de cette promenade improvisée de 3 heures (c'est que Sarajevo est très étendue en longueur), je constate avec plaisir que le nouveau musée consacré a l'attentat de Gavrilo Princip contre l'archiduc d’Autriche Franz Ferdinand, sur le lieu même de celui-ci, est enfin terminé, mettant ainsi en valeur un lieu qui n'était jusqu'à présent signalé on ne peut plus discrètement.


    Allez, il est temps pour moi de me préparer à la soirée...pour laquelle il n'est ceci dit rien programmé. La bise à tous (sauf aux barbus !).



   
Ndlr - Mrkonjić Grad pendant la dernière guerre : durant cette période, la ville était sous le contrôle d’extrémistes serbes. Ceux-ci ont détruit le plus ancien symbole de la ville, à savoir la mosquée de Krzlar-aga (édifiée en 1492), mais aussi les églises catholiques de Varcar et Liskovica. De plus, les populations croates et musulmanes ont été utilisées à des travaux forcés d'aménagement de tranchées sur les lignes de front. Du 2 au 8 juin 1995, les environs de la ville furent l’objet de l’événement appelé "Incident de Mrkonjić Grad" (conférer ci-dessous). Le 10 octobre 1995, lors de l'opération "Action sud" (Operacija Južni potez), l’armée serbe de Bosnie (VRS) est mise en déroute et la ville est prise par les troupes croates. Suite aux accords de Dayton, la ville a été rétrocédée le 4 février 1996 à la république serbe de Bosnie-Herzégovine. Il est à noter que relativement peu de réfugiés parmi les populations musulmanes et croates sont revenus ici depuis la fin de la guerre.

    Ndlr 2 - « L’incident de Mrkonjić Grad » : le 2 Juin 1995, les pilotes américains Scott O’Grady et Robert G. Wright décollèrent avec leurs F16 de la base italienne d’Aviano, pour une mission de routine dans le cadre de l’opération "Deny flight". Ils survolèrent plusieurs fois Bihać, Banja Luka et Bosanski Petrovac, sans songer qu’ils prenaient des risques puisqu’ils restaient en altitude et connaissaient l’emplacement des missiles sol-air serbes. Mais il semblerait que la VRS avait déplacé au cours de la nuit précédente une batterie de SA-6 de la région de Bihać vers l’intérieur du pays, dans les alentours de la ville de Mrkonjić Grad. Connaissant le point faible des F16 (leur vulnérabilité lorsqu’ils sont à la verticale d'une batterie de missiles), les soldats de la VRS enclenchèrent les radars de poursuite et firent feu avec deux missiles sur les avions américains. Le premier missile explosa entre les deux avions et l’impact du deuxième missile coupa en deux celui piloté par le capitaine O'Grady. Ce dernier réussit à s’éjecter et atterrit dans les environs de Mrkonjić Grad. Il semblerait qu’il se cacha dans les forêts, organisant sa survie, évitant les déplacements pendant la journée ainsi que l’utilisation de son poste radio. Quatre jours plus tard, le 6 juin, il signala sa position et, le 8 juin 1995, il fut secouru par des "marines". Le film "En territoire ennemi" (Behind Enemy Lines) de John Moore, tourné en 2001, est une interprétation hollywoodienne on ne peut plus libre de cet événement (le film bascule dans un manichéisme totalement américain, n’hésitant pas à faire de la surenchère sur les agissements serbes).

par Guénolé
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Lundi 9 juillet 2007
    Bon, je n'ai pas le temps d'en faire des tartines aujourd'hui, alors je vais être bref . Sachez que tout se passe très très bien (ça vous aurait étonné ?). Après un (long) voyage en bus de 23 heures presque sans histoire (je me suis fait confisquer mon passeport quinze minutes par une police allemande douteuse de la véracité de celui-ci...ça doit être à cause de ma tête, lol), je suis arrivé à Banja Luka, capitale de la Republika Srpska (RS) de Bosnie, sous un soleil radieux. Le temps idéal pour flâner dans l'immense marché local et se remettre à l'heure de la vie bosniaque, une vie où l'on sait prendre son temps et profiter du jour qui s'écoule... Ce pays est vraiment incroyable pour ça.

    J'étais d'autant plus cool que le voyage m'avait permis de régler mes difficultés d'hébergement du soir. J'ai en effet rencontré Mali, un Serbe de Bosnie d'une soixantaine d'années partageant son temps entre Metz et Šipovo, au coeur de la RS, en direction de laquelle nous démarrons à 11h15 (en bus bien sûr). Deux heures et de magnifiques paysages de montagnes plus tard, c'est l'arrivée ; je vous laisse imaginer la suite : installation chez lui, rencontre de sa famille et de ses amis (de l'authentique !), visite des curiosités locales et autres bons plans (en particulier un délicieux dîner de truites au bord de la Pliva) et pour finir...tournée des bars boîtes du patelin, étonamment vivant pour ses 3000 habitants (pour tout avouer, mon hôte a été plus fort que moi sur ce premier soir, et je n'ai pu subir le rythme imposé en ce qui concerne la "Jelen Pivo", une bière du Montenegro).

    Pourtant, rien ne laisse supposer autant de possibilités à Šipovo (ceci dit il ne faut rien éxagérer non plus, on doit vite y tourner en rond...). Imaginez : un village au fin fond de la Bosnie, une forte culture paysane, de nombreux habitants n'ayant jamais vu autre chose que leur dure région, des jeunes sans emploi, une économie complètement sinistrée (salaire moyen d'un Bosniaque : 250 euros) et une ambiance de sortie de guerre avec toutes les rancoeurs que cela peut entraîner (concernant les considérations politiques, je ne développerai pas plus dans ce blog : le sujet, trop complexe, mérite plus d'égards, et je ne souhaite de surcroît froisser personne, les gens ici étant si accueillants, quelles que soient leurs origines ethniques)...


    Ce lundi 9, j'ai donc pris le bus (3 heures) pour Bihać, sous un soleil de plomb (avec toujours de magnifiques plateaux montagneux, parfois creusés d'étranges petits cratères). Et j'ai eu le plaisir d'arriver dans une ville étonnament animée (decidément), avec des jeunes souriants et fêtards. Je n'ai pas trop eu de difficultés à retrouver mon ami Amir (merci Martina), qui va se charger de me montrer la ville...et de m'héberger (tant qu'à faire). Bref, un monde à découvrir.
par Guénolé
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